La campagne présidentielle française du premier tour s’achève comme elle a commencé dans la confusion, l’étripage et la cacophonie. Les résultats ont été sinon prévisibles, du moins attendus. Les Français ont peur de l’environnement international et ont voté relativement « utile » en concentrant leurs suffrages sur les deux candidats susceptibles de se retrouver au second tour.
C’est ce que d’aucuns appellent la valeur auto-réalisatrice des sondages. En font les frais Bayrou, Joly, et les autres « petits » candidats.
Je me suis déjà exprimé pour dire l’usure des mots utilisés par les deux finalistes pour incarner du moins mal qu’ils ont pu le stock de vieilles valeurs qui scindent le paysage électoral en deux grandes marques : « La Droite », et « La Gauche ». Il faut cependant noter que bien avant les traits de caractère des candidats, au delà des artifices de rhétorique et des tonnes de chiffres que les candidats et leurs camps se sont jetés à la tête dans la confusion générale, ce sont les structures thématiques électorales qui ont été les gouvernails de la segmentation du marché électoral, comme les thèmes sont classiquement les gouvernails de segmentation des marchés pour les marques commerciales.
C’est la vacuité thématique de la non marque « Le Centre », qui fait sa faiblesse. François Bayrou n’a pas compris que le seul patrimoine thématique du centre est virtuellement le consensus national. En oubliant de réaffirmer cette valeur, il s’est fourvoyé dans des considérations de prétendus experts qui laissent neuf français sur dix insensibles.
Les épithètes dont sont taxés les candidats pour les caractériser, « Flanby pédalo » pour l’un et « L’énervé bling bling » pour l’autre, n’ont pas fait bouger les lignes jusqu’à présent. Il faut noter que le choc de caractères attendu au second tour met face à face deux tempéraments aussi déterminés l’un que l’autre par leurs parcours : d’un côté le combinard sans grande conviction à l’aise dans les arrangements de coulisse, de l’autre l’avocat qui ne songe qu’à plaider des idées dont il peut changer comme de chemise et ne voit le salut que dans la rhétorique.
Nicolas Sarkozy semble en effet ne rien comprendre au langage qui se situe hors de la rhétorique, son métier de base. En tout cas, il ne comprend pas celui que véhicule une posture : en l’occurrence la posture régalienne qui est attendue d’un président de la république. Le roi est un symbole de l’unité nationale. A travers les dorures de son règne, Louis XIV, offrait aux Français l’image de leur propre splendeur. Il allait, dit-on, jusqu’à se faire torcher le fondement publiquement, sacrifiant à l’extrême sa personne privée à son personnage public. A l’heure des médias people, voilà du langage corporel ! Voilà du paparazzi content.
C’est Louis XV qui a rétabli le caractère « privé » de la personne « profane » du roi, avec les conséquences que l’on sait pour sa descendance. Dès la soirée du Fouquet’s en 2007, les Français ont noté que le costume de président ne tombait pas bien sur les épaules de celui qu’ils venaient d’élire. C’est sans doute la tare originelle de son règne.
Puisque vous avez compris que je ne suis pas toujours sérieux, permettez-moi un petit focus sur le thème de « la crise » et l’inquiétude qu’il suscite. Ce thème n’a pas profité autant qu’il aurait pu au président sortant. De manière indirecte, le thème de la crise a été fort habilement récupéré par tous ses adversaires comme profitant honteusement à l’accroissement des inégalités, aux « riches », et aux « marchés financiers », dont viendrait tout le mal.
Le langage n’est pas fait que de mots. A cause de ses amitiés un peu trop voyantes et de son « style de vie » doré, le président sortant a été stigmatisé comme l’avocat des marchés financiers et du « complot international des riches ». Comme de surcroît, à travers des taxes incomprises du plus grand nombre, il a eu la maladresse de vouloir hurler avec les loups pour se dédouaner au lieu d’expliquer le rôle des marchés, il se fait bâillonner les thèmes de la compétence et de l’expérience internationale qui auraient pu lui être favorables s’il avait eu la clairvoyance de les jouer normalement.
Pourra-t-il utiliser un peu plus intelligemment le thème de la crise entre les deux tours ? Rien n’est moins sûr.
Avant de parler du langage de la marque « La Gauche », laissez-moi vous présenter la question du vote « populaire » d’une manière qui pourra vous agacer ou vous distraire. A eux deux, les frères siamois du populisme Mélanchon Le Pen ont totalisé 10 407 071 votes soit plus de voix que Hollande ou Sarkozy. Ce sont 29% des votes qui ont succombé au pathos des discours économiquement farfelus et niant la réalité. Des millions de voix qui se sont portées sur des positions émotionnelles devant la peur du danger mondialisé.
Plutôt que de songer à réduire leur inadaptation, les gens les plus démunis pour comprendre les mécanismes en cours se sont tournés vers la protection que semblent leur offrir l’invocation de la Justice égalitaire ou l’amour de la Nation. Deux thèmes qui permettent aux frustrés de rêver de dignité et de grandeur et de se réhabiliter à leurs propres yeux. Deux thèmes plus porteurs que celui de la « souffrance du peuple » repris avec des trémolos dans la voix par la pythie de service de la marque « La Gauche » en la personne de Ségolène Royale.
Plus ou moins déclarés, d’autres thèmes affleurent sous ces votes de passion : principalement la haine, raciale ou de classe, suscitée largement par la frustration des échecs personnels (ce n’est pas nouveau) et les préjudices que porte en elle la faillite de l’intégration des minorités, avec son cortège de violences, de laxisme et l’explosion des dépenses sociales détournées de leur objectif premier.
Il n’est pas anodin de constater que ces votes sont surreprésentés dans les classes d’âge jeunes, celles qui vibrent devant un match de l’Equipe de France ou n’osent plus prendre le métro à Paris après 22h après s’être fait racketter leur téléphone portable. Tous ces thèmes déclarés « politiquement incorrects » resurgissent dans les 29% de voix qui suscitent aujourd’hui la convoitise des deux candidats restant en lice.
Le changement, c’est moi…
Dès le soir du premier tour, le ton était donné. En choisissant dans son allocution télévisée le thème du rassemblement dans le changement, François Hollande choisissait fort habilement, du moins le croît-il, de capitaliser sur la lassitude que fait naître Nicolas Sarkozy et de lui faire porter tout le poids de la crise internationale comme son échec personnel, comme si celui-ci en était l’auteur ou le complice. Devant l’échec inexcusable de « La Droite », le changement, c’est « La Gauche ». Dans ce même discours, le langage de la marque « La Gauche », ignore superbement les difficultés internationales et les contraintes du déficit budgétaire.
Si la France est en faillite, ce sera la faute des créanciers. La pub des rillettes Bordeau Chesnel a montré le chemin : « Monsieur l’huissier, nous n’avons pas les mêmes valeurs". Sarkozy devrait visiter le patrimoine culturel français : ceux-ci aiment les rillettes.
Selon les études dont « La Gauche » dispose, elle constate que le thème du « déficit budgétaire » n’est pas au premier rang de leurs préoccupations. Elle constate aussi que le thème du « rassemblement » est un thème porteur et que Nicolas Sarkozy, en omettant de représenter le peuple français dans son ensemble, en se permettant des « écarts de langage » (casse toi, pauvre c…) porte le poids d’une France divisée et déchirée par l’accélération des changements.
Le rassemblement… Lequel ? 50% plus quelques voix, celles de François Bayrou. Le changement ? N’importe lequel. Celui qui fera « oublier » la crise pour les quinze jours à venir.
Ah ! Fichu langage des marques ! Fichus thèmes…
Sans même aborder des choses plus compliquées, beaucoup de choses assez simples se lisent dans les thèmes. Sont-elles pour autant inéluctables ? C’est ce que nous verrons. Suite au prochain numéro.




Le titre en dit long.
Rédigé par : Paul | 21/10/2012 à 19:33
En choisissant dans son allocution télévisée le thème du rassemblement dans le changement, François Hollande choisissait fort habilement, du moins le croît-il, de capitaliser sur la lassitude que fait naître Nicolas Sarkozy et de lui faire porter tout le poids de la crise internationale comme son échec personnel, comme si celui-ci en était l’auteur ou le complice. Devant l’échec inexcusable de « La Droite », le changement, c’est « La Gauche ».
Rédigé par : replica handbags | 13/08/2012 à 07:05